Côté fabricant, instrument de musique et marque ne désignent pas la même chose : le fabricant d'instruments de musique assure la fabrication du piano, de la guitare ou de l'instrument à vent dans ses ateliers, en France ou ailleurs, quand la marque appartient parfois à un groupe. Yamaha fabrique des pianos depuis 1887, Selmer des instruments à vent en France depuis 1885.
- Fabricant
- L'entreprise qui assure la fabrication et souvent la réparation : usine de piano à Hamamatsu, atelier de guitare à Nazareth, manufacture d'instruments à vent en France.
- Marque
- Le nom gravé sur l'instrument de musique ; il peut couvrir plusieurs usines et plusieurs gammes de prix.
- Distributeur
- L'entreprise qui importe les instruments de musique et les revend aux magasins, sans fabrication propre.
Marque, fabricant, distributeur : trois métiers que l'acheteur confond
Le fabricant d'instrument de musique possède les outils, les machines et le savoir-faire qui transforment l'épicéa, le laiton ou les circuits en instrument fini. La marque, elle, reste un nom commercial : un même groupe en détient souvent plusieurs, chacune visant un public. Gibson rachète Epiphone en 1957 et y place ses modèles d'entrée de gamme ; Fender exploite le nom Squier depuis 1982 pour ses guitares produites en Asie ; Yamaha possède le facteur viennois Bösendorfer depuis 2008.
Le distributeur occupe une troisième place. En France, Algam importe et diffuse plus de 150 marques auprès des magasins de musique, sans fabriquer la plupart d'entre elles. Le même distributeur reprend en 2017 la marque Pleyel, dont la manufacture de pianos de Saint-Denis avait fermé en 2013.
Pour un acheteur d'occasion, la distinction change la lecture d'une annonce. Une Epiphone ne sort pas de l'usine Gibson de Nashville, une Squier ne sort pas de Corona en Californie : la marque mère rassure, mais la cote suit le lieu réel de fabrication, le numéro de série et la gamme. Une annonce qui vante « une Gibson » pour un modèle Epiphone joue sur cette confusion.
Les fabricants qui font référence, famille par famille
Les fabricants d'instruments de musique les plus recherchés en occasion se comptent sur deux mains par famille. Le tableau rassemble ceux que l'on croise le plus dans les annonces françaises, avec leur pays d'origine, leur date de fondation et ce qui fait leur réputation.
| Fabricant | Origine et fondation | Spécialité | Tenue de la cote d'occasion |
|---|---|---|---|
| Steinway & Sons | New York, 1853 (usine de Hambourg en 1880) | Piano de concert | Très forte |
| Yamaha | Hamamatsu (Japon), 1887 | Piano, guitare, instruments à vent, synthétiseurs | Forte et régulière |
| Kawai | Hamamatsu (Japon), 1927 | Piano droit, piano à queue, piano numérique | Bonne |
| C.F. Martin | New York, 1833, puis Nazareth (Pennsylvanie) | Guitare acoustique | Très forte |
| Gibson | Kalamazoo (Michigan), 1902 | Guitare électrique et acoustique | Très forte sur les séries anciennes |
| Fender | Fullerton (Californie), 1946 | Guitare et basse électriques, amplis | Forte, variable selon l'usine |
| Henri Selmer Paris | Paris, 1885 (manufacture à Mantes-la-Ville) | Saxophone, clarinette | Très forte |
| Buffet Crampon | Paris, 1825 (Mantes-la-Ville) | Clarinette, hautbois, basson | Forte |
| Roland | Osaka (Japon), 1972 | Synthétiseurs, boîtes à rythmes, pianos numériques | Forte sur les modèles devenus cultes |
| Korg | Tokyo (Japon), 1962 | Synthétiseurs, accordeurs, claviers de scène | Bonne |
La colonne de droite résume une tendance d'annonces, pas une cote chiffrée : l'état, la série et l'année font varier la valeur d'un instrument bien plus que la ligne du tableau.
Pianos : des manufactures centenaires et un marché de seconde main très actif
Le piano reste l'instrument où le nom du fabricant pèse le plus lourd, parce qu'un piano acoustique se garde plusieurs décennies et se revend souvent deux ou trois fois. Steinway, Bösendorfer, Bechstein (Berlin, 1853) et Fazioli dominent le concert ; Yamaha et Kawai occupent le cœur du marché des pianos droits d'étude, ceux que l'on trouve le plus en occasion.
En France, la facture de piano a presque disparu : Pleyel, Gaveau et Erard, grands noms parisiens du XIXe siècle, ne produisent plus en série. Un Pleyel ou un Gaveau d'occasion se juge donc sur son état réel (table d'harmonie, chevilles, mécanique) plus que sur son nom. Pour le piano numérique, la logique s'inverse : Yamaha, Kawai, Roland, Casio et Korg renouvellent leurs gammes tous les deux à quatre ans, et un modèle ancien perd de la valeur plus vite qu'un piano acoustique.
Guitares et amplis : quand la marque cache plusieurs usines
Une guitare électrique Fender ou Gibson d'occasion se lit à son numéro de série, qui indique l'usine et l'année. Fender produit aux États-Unis, au Mexique et en Asie ; Gibson réserve son nom aux guitares américaines et confie l'entrée de gamme à Epiphone. Pour bien contrôler une électrique de Kalamazoo ou de Nashville avant l'achat, le dossier sur les Gibson d'occasion à vérifier détaille les points de contrôle série par série.
La Gibson Les Paul, lancée en 1952 avec le guitariste Les Paul, illustre le poids d'un modèle dans la cote d'une marque : les exemplaires de la fin des années 1950 figurent parmi les guitares les plus chères du monde. Paul Reed Smith, fabricant américain installé dans le Maryland depuis 1985, et Godin, fondé au Québec (Canada) en 1972, montrent qu'une marque plus jeune peut gagner la confiance des musiciens par la qualité de conception et le choix des matériaux.
Côté guitare acoustique, Martin et Taylor tiennent le haut du marché américain, Yamaha et Takamine le milieu. La France garde un fabricant de guitare reconnu : Lâg, fondée en 1981 par le luthier Michel Chavarria à Bédarieux, dans l'Hérault. Les amplificateurs suivent la même logique de marque : Marshall (Londres, 1962), Fender et Vox restent les références, et un ampli à lampes d'occasion de ces fabricants garde une demande soutenue, à condition que les lampes et les condensateurs aient fait l'objet d'un contrôle.
Instruments à vent : le savoir-faire des fabricants en France
Les instruments à vent forment le domaine où la France compte encore des fabricants d'instruments de musique de rang mondial. Henri Selmer Paris produit ses saxophones à Mantes-la-Ville depuis le début du XXe siècle, et le Mark VI, fabriqué de 1954 à 1974, reste l'un des saxophones d'occasion les plus recherchés au monde. Buffet Crampon, voisin dans les Yvelines, fabrique la clarinette de nombreux orchestres et réunit aussi les cuivres Antoine Courtois. Vandoren, à Paris depuis 1905, fabrique des anches et des becs.
Ces entreprises adhèrent pour beaucoup à la Chambre syndicale de la facture instrumentale (CSFI), qui représente les métiers de la fabrication et de la distribution d'instruments en France. Le mot « facture » désigne ici l'art de fabriquer un instrument : on parle de facteur d'orgues, de facteur de pianos ou de facteur d'instruments à vent, quand la lutherie désigne les instruments à cordes.
L'histoire de la facture française compte aussi des inventeurs : le Belge Adolphe Sax dépose à Paris en 1846 le brevet de l'instrument qui porte son nom, et la maison Selmer reprend ses ateliers en 1928. Cette continuité explique la place des Yvelines dans la carte mondiale des instruments à vent.
L'accordéon, de Tulle à Castelfidardo
L'accordéon possède ses propres pôles de fabrication. En France, Maugein fabrique des accordéons à Tulle, en Corrèze, depuis 1919 ; en Italie, la ville de Castelfidardo concentre depuis la fin du XIXe siècle des dizaines d'ateliers d'accordéon ; en Allemagne, Hohner, fondé à Trossingen en 1857, a diffusé l'harmonica puis l'accordéon dans le monde entier. Un accordéon d'occasion de ces fabricants garde une valeur liée à l'état des anches et des soufflets, dont la restauration demande un artisan spécialisé.
Synthés et électronique : les marques japonaises et leurs challengers
Roland, fondée à Osaka en 1972 par Ikutaro Kakehashi, a marqué l'histoire de la musique électronique avec la TR-808 et la TB-303, deux machines dont les exemplaires d'origine se vendent aujourd'hui bien au-dessus de leur prix de lancement. Le panorama des gammes se trouve dans le guide des produits Roland, du piano numérique aux boîtes à rythmes.
Korg, né à Tokyo en 1962, a suivi un parcours voisin, du MS-20 au Minilogue. Behringer, entreprise allemande fondée en 1989 par Uli Behringer, s'est spécialisée dans les tables de mixage puis dans les rééditions à bas coût de synthétiseurs anciens, une stratégie qui divise les musiciens. Un acheteur qui hésite entre un clavier japonais d'origine et sa reproduction peut consulter les synthétiseurs Korg d'occasion modèle par modèle avant de trancher.
Le cas des marques grand public
Une marque d'électronique grand public comme Sony ou Casio n'a pas le même statut qu'un fabricant d'instrument de musique spécialisé. Casio produit des claviers depuis 1980 et vise surtout l'apprentissage ; Sony n'a jamais vendu d'instrument à proprement parler, mais ses baladeurs et ses enregistreurs intéressent les collectionneurs de matériel audio.
Luthier, artisan ou usine : qui fabrique l'instrument ?
Un luthier est un artisan qui fabrique, règle et répare les instruments à cordes : violon, guitare, contrebasse, mandoline. Le métier de luthier s'apprend en France à l'École nationale de lutherie de Mirecourt (Vosges), ville historique de la lutherie, ou en apprentissage dans un atelier de lutherie. Un instrument de luthier se signe à l'intérieur de la caisse, avec le nom, le lieu et l'année de fabrication.
Violon, alto, violoncelle : les noms qui font la cote
Dans la famille du quatuor (violon, alto, violoncelle, contrebasse), la marque cède la place au nom du luthier. Les Amati, Stradivari et Guarneri de Crémone, en Italie, restent les références absolues ; en France, les ateliers de Mirecourt ont produit au XIXe siècle une grande partie des violons d'étude que l'on trouve encore en vente. L'archet relève d'un autre métier, celui d'archetier, et un archet signé par un archetier réputé peut valoir plus que le petit violon qu'il accompagne. Pour ces instruments, l'expertise d'un luthier et un certificat d'authenticité comptent davantage que l'étiquette collée dans la caisse, souvent fausse.
La restauration fait partie de l'activité courante d'un atelier de lutherie : recoller une table, remplacer une touche, refaire un chevalet. Une restauration de qualité préserve la valeur, une restauration maladroite la fait chuter : l'artisanat du luthier se juge aussi à ce qu'il laisse intact.
Entre l'usine et l'artisan, la frontière reste floue. Les grandes marques assemblent souvent leurs modèles haut de gamme à la main dans des ateliers dédiés, quand un artisan luthier peut faire appel à des pièces usinées. Pour l'acheteur d'occasion, la question utile porte moins sur le mode de fabrication que sur la traçabilité : un instrument signé, numéroté et documenté se revend mieux qu'un instrument anonyme.
Ce que la marque change à l'achat et à la revente d'occasion
La marque d'un instrument de musique d'occasion agit sur trois choses : la cote, la disponibilité des pièces et la facilité de réparation. Une marque répandue donne accès à des pièces détachées, à des schémas techniques et à des réparateurs habitués à ses modèles ; une marque disparue oblige à faire fabriquer certaines pièces à l'unité. Le dossier sur la réparation d'un instrument de musique aide à estimer ce poste avant d'acheter.
Avant de payer, trois vérifications s'imposent : le numéro de série et sa correspondance avec l'année annoncée, l'origine de l'usine (une même marque produit à des niveaux de qualité différents), et l'historique d'entretien. Les registres de numéros publiés par Fender, Gibson ou Yamaha et les forums de propriétaires donnent l'info en quelques minutes. Pour la revente, l'estimation de la cote d'un instrument croise la marque, l'état et la demande du moment.
Les avis publics sur une marque se lisent avec méthode : les avis de musiciens sur un modèle précis valent plus qu'une réputation générale, et une marque comme Behringer, dont les points forts et les limites font débat, recueille des avis très contrastés selon la gamme. Pour un piano ou un instrument cher, la location avec option d'achat permet d'essayer un modèle de grande marque avant la vente définitive. Côté percussion, les cymbales Zildjian, fabricant fondé à Constantinople en 1623, et les batteries Pearl ou Yamaha suivent la même règle : un petit accessoire d'origine (housse, pédale, notice) rassure l'acheteur et facilite la revente, et la liste des pièces fournies doit figurer dans l'annonce de vente.
Marques d'instruments : trois doutes fréquents avant d'acheter d'occasion
Quelle marque d'instrument de musique garde le mieux sa valeur ?
Les marques qui gardent le mieux leur valeur sont celles dont la production reste rare ou documentée : Steinway pour le piano, Martin et Gibson pour la guitare, Selmer pour le saxophone. Une série ancienne d'un grand fabricant prend parfois de la valeur avec le temps, quand un instrument récent d'entrée de gamme en perd dès la première revente.
Une marque inconnue vaut-elle la peine en occasion ?
Une marque inconnue peut cacher un bon instrument, mais elle n'offre aucune garantie de revente ni de pièces de rechange. Elle convient à un premier instrument bon marché, à condition de le faire contrôler par un luthier ou un technicien avant l'achat.
Existe-t-il encore des fabricants d'instruments de musique en France ?
Il existe encore des fabricants d'instruments de musique en France, surtout dans les instruments à vent (Selmer, Buffet Crampon, Vandoren) et la guitare (Lâg), ainsi que de nombreux artisans luthiers et facteurs indépendants répartis dans toutes les régions.






