Une guitare électrique d'occasion se juge sur trois points : l'état du manche, l'usure des frettes et le bon fonctionnement des micros. Les prix vont de 100 euros pour une Squier d'entrée de gamme à plus de 3 000 euros pour une Fender American Standard ou une Gibson Les Paul du Custom Shop.
L'essentiel
- Un manche vrillé est le seul défaut rédhibitoire : le relief, les frettes et l'accastillage se règlent en atelier ou se remplacent.
- Micro muet, jack qui craque, potentiomètres oxydés : essayez toujours l'instrument sur un ampli avant de payer.
- En magasin, la garantie légale couvre au moins douze mois ; sur une annonce entre particuliers, l'achat se fait sans cette garantie.
- Comptez 100 à 250 euros en entrée de gamme et 350 à 700 euros pour une Epiphone ou une Fender mexicaine ; les marques américaines tiennent mieux leur valeur, et la basse électrique suit les mêmes règles.
Pourquoi le marché de l'occasion est plus intéressant sur l'électrique
La guitare électrique à corps plein, la solid body des musiciens, dont la Stratocaster reste le modèle le plus copié, est un assemblage de bois massif, de métal et de composants électriques simples. Contrairement à une guitare classique ou à un instrument acoustique, sa sonorité ne dépend pas d'une table d'harmonie fragile : le corps est plein, il vieillit très bien, et une guitare d'occasion correctement entretenue n'a rien à envier à un modèle neuf du même niveau. C'est ce qui explique la vitalité du marché de la seconde main sur ce type d'instrument, en France comme ailleurs.
La décote joue en faveur de l'acheteur. Un modèle de grande série perd une part importante de sa valeur dès la première revente, alors que ses qualités de jeu, elles, n'ont pas bougé. Le rapport qualité-prix d'une guitare électrique occasion est donc bien meilleur que celui du neuf, surtout entre 300 et 800 euros, où l'on accède d'occasion à une gamme que le budget ne permettrait pas d'atteindre autrement.
- Quels sont les avantages des guitares d'occasion ?
- Un prix réduit de 30 à 50 pour cent par rapport au neuf, l'accès à une gamme supérieure pour le même budget, et la possibilité de trouver des modèles qui ne sont plus fabriqués. Le corps en bois massif d'une guitare électrique ne se dégrade pas avec les années.
Le manche : le seul défaut qui doit vraiment faire renoncer
C'est la première chose à regarder, avant même de brancher l'instrument. Le manche supporte la tension des cordes en permanence et concentre l'essentiel des défauts coûteux.
Le relief, qui se règle en deux minutes
Le relief est la très légère courbure concave du manche sous la tension des cordes. Pour le mesurer, pressez la corde de mi grave à la première case et à la case où le manche rejoint le corps : au milieu, l'écart entre la corde et la frette doit être de l'ordre de deux à trois dixièmes de millimètre. Un manche trop droit ou trop creux n'est pas un problème, c'est un réglage de truss rod. En revanche, si la tige de réglage est déjà en butée et que le manche reste courbé, l'instrument demande une intervention lourde en atelier.
Les frettes, dont l'usure se lit à l'œil
Regardez les frettes en lumière rasante, sur les cinq premières cases et autour de la douzième, là où l'on joue le plus. Une frette usée présente un méplat sous chaque corde au lieu d'un profil arrondi. Une usure légère se corrige par un ponçage suivi d'un recouronnage, ce que les ateliers de lutherie facturent généralement de l'ordre de 120 à 250 euros. Un refrettage complet, lui, dépasse souvent 300 euros : sur une guitare achetée 400 euros, cela change entièrement le calcul.
La vrille, qui ne se rattrape pas
Posez la guitare debout, l'œil au niveau du chevalet, et visez le long du manche comme on vise avec une règle. Si les frettes ne sont pas parallèles entre elles, le manche est vrillé. Ce défaut ne se règle pas : il vient du bois lui-même, souvent d'un séchage mal conduit ou d'un stockage prolongé dans une pièce trop sèche. Les frettes qui dépassent des bords de la touche et accrochent la main sont le signe du même problème, et la question de l'hygrométrie mérite d'être posée au vendeur.
L'électronique et l'accastillage : ce qui se répare, ce qui coûte
Bonne nouvelle : sur une guitare électrique, presque toute la partie électrique est réparable pour un montant modeste. Un jack qui grésille quand on bouge le câble est le point de panne le plus fréquent, et la pièce coûte quelques euros. Des potentiomètres qui craquent quand on tourne le volume sont simplement oxydés : un nettoyage au produit de contact suffit dans la grande majorité des cas.
Les micros méritent plus d'attention. Un micro totalement muet peut cacher un simple fil dessoudé, réparable en dix minutes, ou une bobine coupée, qui impose un remplacement. Avec un multimètre, la résistance d'un micro simple bobinage tourne autour de 6 kilo-ohms et celle d'un humbucker autour de 8 : une valeur nulle ou infinie signale une bobine hors service. Vérifiez aussi que le sélecteur, que beaucoup de musiciens appellent le switch, passe bien toutes les positions sans coupure.
Du côté de l'accastillage, contrôlez le jeu des mécaniques, l'état des vis de chevalet et, sur une Stratocaster, la tension des ressorts de vibrato à l'arrière du corps. Ces pièces se remplacent facilement, mais leur mauvais état renseigne sur la façon dont l'instrument a été traité.
- Comment vérifier l'état d'une guitare d'occasion ?
- Contrôlez d'abord le manche : relief, usure des frettes et absence de vrille. Branchez ensuite l'instrument sur un ampli pour tester chaque micro, chaque position du sélecteur, le volume, la tonalité et le jack. Terminez par les mécaniques et le chevalet.
Les configurations de micros, un critère qu'on oublie de regarder
Deux familles de micros équipent les guitares électriques. Le simple bobinage, monté d'origine sur la Stratocaster et la Telecaster, donne un son clair et défini mais capte le ronflement du secteur. Le humbucker, à double bobinage, annule ce ronflement et pousse davantage l'ampli : c'est le micro de la Gibson Les Paul et de la SG.
Sur le marché de l'occasion, les annonces désignent la configuration par des sigles qu'il faut savoir lire. SSS correspond à trois simples bobinages, la disposition d'origine de la Stratocaster. HSS remplace le micro chevalet par un humbucker et donne un instrument nettement plus polyvalent, très recherché en occasion. HH signifie deux humbuckers, la configuration des modèles orientés rock et métal. Un même modèle en HSS se revend en général mieux qu'en SSS, à état égal.
Vérifiez que les micros sont bien ceux d'origine. Un remplacement bien fait n'est pas un défaut, et beaucoup de guitaristes améliorent ainsi une guitare de milieu de gamme, mais sur un instrument de collection il fait chuter la valeur. Demandez les micros d'origine s'ils ont été conservés : ils font partie de l'instrument et comptent dans la négociation.
Les prix de la guitare électrique occasion, gamme par gamme
Les fourchettes ci-dessous correspondent à ce que l'on constate couramment sur le marché français de la seconde main. Elles varient selon l'état, l'année et la région.
- Entrée de gamme : de 100 à 250 euros. On y trouve les Squier de série Affinity ou Bullet, les copies de marques asiatiques et les packs débutant complets avec un petit ampli.
- Milieu de gamme : de 350 à 700 euros. C'est le territoire des Epiphone Les Paul Standard, des Fender Player de série mexicaine et des Ibanez de série RG. Le meilleur rapport entre le prix et la qualité de fabrication.
- Haut de gamme : de 900 à 2 500 euros. Les Fender American Professional et American Standard, les Gibson Les Paul Standard et les modèles japonais haut de gamme se situent dans cette tranche.
- Collection et Custom Shop : au-delà de 3 000 euros. Les séries limitées, les rééditions du Custom Shop et les instruments antérieurs aux années 1970 relèvent d'un marché à part, où l'expertise est indispensable.
Un ampli d'occasion représente un budget supplémentaire qu'il ne faut pas oublier : notre page sur le choix d'un ampli adapté à son instrument détaille les puissances utiles selon l'usage. Prévoyez également un jeu de cordes neuf et, si l'instrument n'a pas été touché depuis longtemps, un réglage complet en atelier.
- Quels sont les prix des guitares électriques d'occasion ?
- De 100 à 250 euros en entrée de gamme, de 350 à 700 euros pour une Epiphone ou une Fender de série mexicaine, et de 900 à 2 500 euros pour une Fender American ou une Gibson Les Paul Standard. Au-delà de 3 000 euros commence le marché de la collection.
Les marques qui tiennent leur valeur sur le marché de l'occasion
Deux noms structurent ce marché. Fender, avec la Stratocaster et la Telecaster, et Gibson, avec la Les Paul et la SG. Leurs séries américaines se revendent bien, parfois au prix d'achat après plusieurs années, ce qui rend l'investissement peu risqué. Les séries d'entrée de gamme de ces mêmes maisons, Squier pour Fender et Epiphone pour Gibson, offrent l'esthétique et l'ergonomie des modèles de référence à un prix beaucoup plus accessible, mais leur décote suit celle du reste du marché.
Au-delà de ces deux marques, Ibanez domine les guitares taillées pour le jeu rapide, Yamaha propose des instruments d'une régularité de fabrication remarquable, et des maisons comme Gretsch, Schecter ou Charvel couvrent des styles plus spécifiques, et les séries LTD d'ESP se sont imposées auprès des guitaristes de rock et de métal. Godin fabrique au Canada, Eastman et Duesenberg visent le segment haut de gamme, et les copies japonaises des années 1980, dont les Tokai sont les plus connues, ont acquis avec le temps une vraie cote. Notre guide sur les modèles Gibson que l'on croise en occasion détaille les repères propres à cette marque. Si la caisse pleine ne vous convainc pas, la guitare électrique à caisse semi-creuse constitue une famille à part, plus chaleureuse et très recherchée en jazz comme en blues.
- Quelles marques de guitare électrique d'occasion privilégier ?
- Fender et Gibson dominent le marché de la seconde main et conservent le mieux leur valeur, notamment sur les séries américaines. Epiphone, Squier, Ibanez et Yamaha offrent un rapport qualité-prix supérieur sur les gammes intermédiaires.
Lire une référence Gibson ou Fender sans se tromper
Les appellations commerciales sont une source de confusion permanente, et elles pèsent lourd sur le prix. Chez Gibson, une Les Paul Custom est un modèle de série précis, richement fini, alors qu'un instrument issu du Custom Shop sort d'un atelier de fabrication à part et se négocie deux à trois fois plus cher. Entre les deux se placent la Les Paul Standard, la Les Paul Classic, et les séries volontairement dépouillées que sont la Studio, la Faded et la Tribute : mêmes bois, même lutherie, finitions simplifiées, et un prix d'occasion souvent inférieur de moitié.
Chez Fender, la logique est géographique. La série Player est mexicaine, la série American Professional est fabriquée aux USA, et les Squier Classic Vibe, produites en Asie, sont devenues la référence des petits budgets. Une annonce qui dit seulement Stratocaster ne dit donc rien du prix : faites préciser la série, l'année et le pays de fabrication avant de négocier.
Finitions, retouches et repeints : ce que cela change au prix
Une guitare électrique porte une finition d'origine dont le nom figure au catalogue du fabricant : sunburst, cherry, ebony, black, white ou blonde selon les modèles, avec des variantes de bois flammé, ce que les annonces désignent par le mot flame. Sur un instrument récent, la finition n'a qu'une importance esthétique. Sur un instrument ancien, elle fait la valeur.
Un repeint, même bien exécuté, divise couramment par deux la cote d'une guitare de collection. Regardez l'intérieur des cavités, le dessous du pickguard et le talon de manche : la couleur d'origine y subsiste presque toujours. Une usure naturelle du vernis, en revanche, n'est pas un défaut, et certaines séries la reproduisent volontairement en usine sous les appellations Faded ou Worn. Ne confondez pas une usure d'usine avec l'usure d'un instrument réellement joué : la première est régulière, la seconde suit les appuis de la main.
Le marché vintage, un compartiment à part
Au-dessus de 3 000 euros, on ne compare plus des instruments mais des dossiers. Une guitare vintage se cote sur son année exacte, l'origine de chacune de ses pièces et l'état de sa finition d'origine. Un micro remplacé, un potentiomètre daté d'une autre décennie ou une mécanique changée suffisent à faire perdre plusieurs centaines d'euros, alors que les mêmes modifications sont sans effet sur un instrument récent.
Sur ce marché, l'expertise n'est pas un luxe. Un passage en atelier de lutherie avant l'achat coûte quelques dizaines d'euros et permet de faire dater les composants, de vérifier la cohérence du numéro de série et de repérer un manche remplacé. Si le vendeur refuse cette vérification sur un instrument annoncé comme vintage, l'affaire ne vaut pas d'être poursuivie.
Magasin, particulier ou petites annonces : ce que change la garantie
C'est le point que les vendeurs détaillent rarement, et il pèse pourtant plus lourd que quelques dizaines d'euros d'écart sur le prix. Acheter dans un magasin de musique, c'est acheter à un professionnel : la garantie légale de conformité s'applique, et le code de la consommation prévoit que sa durée, réduite par accord pour un bien d'occasion, ne peut être inférieure à un an. Pendant ces douze mois, un défaut qui apparaît est présumé avoir existé au moment de la vente, et c'est au vendeur de prouver le contraire. C'est ce que recouvrent les mentions instruments contrôlés ou instruments vérifiés qu'affichent les magasins spécialisés.
Entre particuliers, sur un site de petites annonces ou une brocante, cette garantie n'existe pas. Il reste la garantie des vices cachés du code civil, mais elle suppose de démontrer que le défaut était antérieur à la vente et qu'il rendait l'instrument impropre à son usage. En pratique, un manche vrillé découvert trois semaines après l'achat sera très difficile à faire reconnaître.
Cela ne condamne pas l'achat entre particuliers, qui reste la voie la moins chère et la plus fournie : il impose simplement d'essayer l'instrument soi-même. Notre page sur les bons réflexes pour trouver une affaire revient sur les précautions communes à tous les instruments, et la basse électrique d'occasion obéit exactement aux mêmes règles. Le même raisonnement vaut d'ailleurs quand vous cherchez à vendre : un instrument accompagné de sa facture et de son étui part plus vite et plus cher.
- Où acheter une guitare électrique d'occasion ?
- En magasin de musique pour bénéficier d'une garantie légale d'au moins un an et d'un instrument révisé, sur les plateformes d'annonces généralistes ou spécialisées pour le choix et les prix les plus bas, et en dépôt-vente pour un compromis entre les deux.
Essayer l'instrument : la méthode en dix minutes
Ne concluez jamais un achat sans avoir branché la guitare. Un ampli est indispensable, même petit, et le vendeur qui n'en propose pas doit vous inciter à la prudence.
- Jouez chaque corde sur chaque case et écoutez les frisements : ils trahissent une frette haute ou un relief mal réglé.
- Vérifiez la justesse à la douzième case, à vide puis en harmonique, sur les six cordes.
- Passez chaque position du sélecteur de micro en son clair puis en saturé.
- Tournez lentement le volume et la tonalité de zéro au maximum, en écoutant les craquements.
- Bougez le câble au niveau du jack pendant que la guitare sonne.
- Accordez, jouez cinq minutes, puis réaccordez : une guitare qui se désaccorde vite a des mécaniques ou un sillet à revoir.
Emportez votre propre câble, et si vous le pouvez votre pédale d'effet habituelle : une overdrive Boss ou une simple pédale de distorsion révèle immédiatement un micro faible ou un bruit de masse que le son clair masque. Les accessoires d'occasion, étui, housse, sangle et accordeur, se négocient volontiers dans le même lot et représentent une économie réelle.
L'historique de l'instrument et ses papiers
Demandez le numéro de série et notez-le. Fender et Gibson documentent leurs séries, ce qui permet de dater un instrument et de vérifier que le modèle annoncé correspond bien à la référence. Un numéro absent, effacé ou incohérent avec les composants signale soit une guitare recomposée à partir de plusieurs instruments, soit un objet dont la provenance n'est pas claire.
Demandez aussi la facture d'origine, l'étui et les éventuelles factures d'entretien. Un instrument dont on connaît le parcours vaut plus cher qu'un instrument anonyme de qualité comparable, et cette traçabilité facilite la revente. Si l'annonce évoque une réparation, faites préciser laquelle : notre guide sur la réparation d'un instrument et ses tarifs donne les ordres de grandeur qui permettent de négocier en connaissance de cause.
Un dernier conseil, valable pour tous les instruments de musique : prenez le temps. Le marché de la guitare électrique occasion est suffisamment fourni pour qu'un modèle refusé aujourd'hui réapparaisse la semaine suivante. Une guitare classique ou une guitare acoustique s'examinent selon d'autres critères, la table d'harmonie prenant alors la place du manche parmi les points sensibles, mais le principe reste le même : on n'achète pas un instrument qu'on n'a pas entendu.







