Des instruments de musique africains comme la kora, le djembé ou le balafon font le lien entre la parole, la danse et la mémoire des villages, de l'Afrique de l'Ouest à l'Afrique australe. Classés en quatre familles, ils portent un thème commun : la musique africaine se joue en groupe et se transmet de bouche à oreille.
Cordes, peaux tendues, lames et souffles : chaque instrument africain appartient à l'une de ces quatre familles, et l'Afrique subsaharienne en a créé des centaines de variantes.
Ce lien entre instrument et société reste vivant : le griot mandingue joue la kora pour raconter l'histoire des lignées, le tambour parlant reproduit les tons de la langue yoruba.
Quels sont les instruments de musique africains ?
Les instruments de musique africains se rangent dans les quatre familles de la classification Hornbostel-Sachs, publiée en 1914 et toujours utilisée par les musées : les cordophones (cordes), les membranophones (peau tendue), les idiophones (le corps de l'instrument vibre) et les aérophones (souffle). Cette grille aide à s'orienter dans un continent africain qui compte plus de cinquante pays et des milliers de traditions locales, sans prétendre à une liste des instruments complète.
Les matériaux végétaux dominent la facture instrumentale : calebasse, bois dur, bambou, fibres et peaux animales. Un même type d'instruments change de nom et de taille d'une région à l'autre, ce qui explique la confusion fréquente entre sanza, mbira et kalimba. À Paris, le musée du quai Branly et le Musée de la musique de la Philharmonie conservent de larges collections d'instruments africains, utiles pour voir et entendre ces pièces avant de lire la suite de cet article.
| Famille | Principe sonore | Instruments africains | Régions |
|---|---|---|---|
| Cordophones | Corde pincée ou frottée | Kora, ngoni, imzad, krar, valiha | Afrique de l'Ouest, Sahara, Éthiopie, Madagascar |
| Membranophones | Peau tendue frappée | Djembé, dundun, tama, sabar, dùndún yoruba | Afrique occidentale |
| Idiophones | Le corps vibre lui-même | Balafon, mbira, sanza, cloches en fer, tambour d'eau | Guinée, Mali, Zimbabwe, bassin du Congo |
| Aérophones | Colonne d'air | Flûte peule, trompes en corne, algaita | Sahel, Afrique centrale |
La kora, le ngoni et les cordes de l'Afrique de l'Ouest
La kora est l'instrument africain le plus connu en Europe : cette harpe-luth mandingue compte 21 cordes tendues sur un long manche, au-dessus d'une grande calebasse couverte de peau de vache. Le musicien la tient face à lui et pince les cordes avec le pouce et l'index des deux mains, ce qui permet de superposer une ligne de basse, un accompagnement et une mélodie.
La kora appartient au répertoire des griots (jeli en mandingue), dont le rôle social dépasse la musique : ils récitent les généalogies, conservent la mémoire des familles et servent de lien entre les lignées lors des mariages et des baptêmes. Toumani Diabaté, mort en 2024, a fait connaître ce répertoire bien au-delà du Mali.
Le ngoni, luth à caisse de bois creusée, accompagne aussi les récits. Sa version des chasseurs, le donso ngoni, rythme les chants qui célèbrent les exploits de la confrérie. Pour la facture et le jeu de ce luth, la page sur le ngoni malien détaille ses variantes. Les historiens voient dans ces luths ouest-africains l'un des modèles du banjo, apporté en Amérique par les personnes réduites en esclavage, un lien que l'on retrouve dans les instruments latino-américains d'origine africaine.
Djembé, dundun et tambour d'eau : les percussions africaines
Le djembé est le tambour africain le plus joué hors du continent : un fût en forme de calice, taillé d'une seule pièce dans un bois dur, couvert d'une peau de chèvre tendue par des cordes. Trois frappes servent de base au jeu, la basse au centre, le ton et la claque près du bord, et chaque rythme traditionnel combine ces sons selon un motif précis.
Dans un ensemble mandingue, le djembé soliste dialogue avec les dunduns, trois tambours basses joués avec une baguette et accompagnés d'une cloche. Ce code rythmique associe chaque motif à une danse ou à une circonstance : récolte, initiation, mariage. Les percussions africaines comptent aussi le sabar du Sénégal et le tam-tam, terme générique des tambours à fente.
Le tambour d'eau, enfin, montre l'inventivité des matériaux végétaux : une demi-calebasse retournée flotte dans une bassine d'eau et la musicienne la frappe à la main ou avec une baguette. Joué surtout par les femmes en Afrique de l'Ouest, il produit un son grave et rond sans aucune peau. Ces tambours africains forment le cœur des instruments de percussion du monde entier.
Comment un tambour parlant reproduit-il la langue ?
Le tambour parlant (tama au Sénégal, dùndún chez les Yoruba du Nigeria) imite la parole grâce à sa forme en sablier. Le batteur le tient sous le bras et serre plus ou moins les cordes qui relient les deux peaux : il peut ainsi modifier la hauteur du son pendant la frappe et reproduire les tons d'une langue tonale.
En yoruba, un même mot change de sens selon que la voix monte ou descend. Le tambour, en suivant ce contour mélodique, transmet des noms, des proverbes et des formules de louange que l'auditeur reconnaît sans paroles. Ce lien entre rythme africain et langue parlée n'a pas d'équivalent dans les instruments de musique européens, et il explique l'usage ancien du tambour à la cour royale pour annoncer les visiteurs ou saluer le roi.
Balafon, mbira et sanza : quand l'instrument vibre seul
Le balafon est un xylophone africain fait de lames de bois posées sur un cadre, avec une calebasse sous chaque lame pour amplifier le son. Le Sosso Bala, balafon conservé à Niagassola en Guinée et attribué par la tradition à l'époque de Soundiata Keïta, figure parmi les premiers chefs-d'œuvre du patrimoine oral proclamés par l'UNESCO en 2001.
La mbira du Zimbabwe et la sanza d'Afrique centrale appartiennent à la famille des lamellophones : des languettes de métal fixées sur une planche ou une caisse, que le joueur pince avec les pouces. Chez les Shona, la mbira accompagne les cérémonies où l'on appelle les ancêtres, et l'UNESCO a inscrit en 2020 l'art de fabriquer et de jouer la mbira/sansi du Malawi et du Zimbabwe sur sa liste du patrimoine culturel immatériel. La kalimba vendue en Europe en dérive directement.
Archets et souffles : imzad, masenqo et flûte peule
Le Sahara et la Corne de l'Afrique ont produit des instruments à archet. L'imzad, vièle monocorde des Touaregs, est joué exclusivement par les femmes ; son savoir-faire figure depuis 2013 sur la liste de l'UNESCO, au titre de l'Algérie, du Mali et du Niger. En Éthiopie, le masenqo (vièle à une corde) et le krar (lyre à cinq ou six cordes) accompagnent les azmari, chanteurs qui commentent l'actualité dans les cafés.
Les aérophones restent moins connus : la flûte peule en bambou, jouée en chantant dans l'instrument, ou les trompes en corne et en ivoire des cours d'Afrique centrale. Madagascar forme un monde à part, avec la valiha en bambou et la sodina, présentées sur la page des instruments malgaches traditionnels.
De la tradition orale à la musique populaire
La musique traditionnelle africaine ne vit pas sous verre : ses instruments ont nourri la musique populaire du XXe siècle. Le mbalax de Youssou N'Dour s'appuie sur le sabar, l'afrobeat de Fela Kuti sur les percussions yoruba, et la rumba congolaise, inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO en 2021, mêle guitare électrique et tambours.
Le marché de la world music, à partir des années 1980, a fait entrer la kora et le djembé dans les festivals européens, puis dans les écoles de musique. Ces genres musicaux gardent un lien direct avec l'histoire des instruments : un joueur de kora contemporain apprend toujours les pièces anciennes du répertoire griot avant d'improviser. L'héritage percussif a aussi traversé l'Atlantique, comme le montrent les instruments antillais issus du gwoka.
Acheter un instrument africain d'occasion sans se tromper
Un instrument africain d'occasion se vérifie comme tout instrument acoustique, avec quelques points propres aux matériaux naturels. Pour un djembé, la peau ne doit présenter ni déchirure ni zone molle, les cordes de tension doivent tenir l'accord, et le fût ne doit montrer aucune fissure dans le sens du bois. Un fût creusé d'une seule pièce sonne en général mieux qu'un fût collé.
- Kora : contrôler la calebasse (fêlures), la tenue des anneaux d'accord et l'état du chevalet.
- Balafon : vérifier que chaque calebasse résonne et que les lames ne sont pas fendues.
- Mbira ou sanza : les lames doivent rester fixes et vibrer sans grésillement parasite.
Le prix varie selon la taille, l'origine de la fabrication (artisan ouest-africain ou production industrielle), l'état de la peau et la présence d'une housse. Un essai sur place reste le meilleur test ; les adresses utiles figurent sur la page qui explique où trouver un instrument d'occasion fiable.
Djembé, kora ou balafon : par lequel commencer ?
Quel instrument africain choisir pour débuter ?
Le djembé reste l'instrument africain le plus accessible pour débuter : les trois frappes de base s'apprennent en quelques séances et les cours collectifs existent dans la plupart des grandes villes françaises. La kora demande un apprentissage bien plus long.
Quelle différence entre mbira, sanza et kalimba ?
La mbira, la sanza et la kalimba désignent toutes des lamellophones. La mbira est l'instrument shona du Zimbabwe, la sanza son équivalent d'Afrique centrale, et la kalimba un nom commercial popularisé hors du continent.
Combien de cordes compte une kora ?
Une kora traditionnelle compte 21 cordes, réparties en deux rangées de part et d'autre du chevalet : 11 pour la main gauche et 10 pour la main droite.

