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Les instruments d'Amérique du Sud, un patrimoine sonore à jouer

Les instruments d'Amérique du Sud, un patrimoine sonore à jouer

Un instrument de musique d'Amérique du Sud naît d'un métissage : flûte quena et siku amérindiens, harpe et guitare venues d'Espagne, cajón, atabaque et pandeiro hérités de l'Afrique. Du charango andin à la harpe paraguayenne, chaque instrument de musique porte une musique latine, une musique traditionnelle propre à son pays.

Instrument de musique Amérique du Sud, trois familles pour s'y retrouver

Les vents des Andes
Quena et siku, flûte de Pan de la musique andine de Bolivie et du Pérou.
Les cordes des colons
Harpe paraguayenne, harpe llanera, guitare, charango, cuatro, tiple et guitarrón.
Les percussions afro-américaines
Atabaque, pandeiro, repinique, cajón, bombo, conga, bongo, clave, güiro et maraca de la musique latine.

D'où vient un instrument de musique d'Amérique du Sud ?

Un instrument de musique d'Amérique du Sud se rattache en général à l'une des trois traditions de la musique d'Amérique latine, qui se croisent depuis le XVIe siècle : musique amérindienne, musique espagnole de la harpe et de la guitare, musique africaine des instruments de percussion. Les peuples autochtones (Quechua, Aymara, Guaraní, Mapuche) jouaient déjà des flûtes en roseau, en os ou en terre cuite, des sifflets et des tambours. Les colons espagnols et portugais apportent la harpe, la guitare, la vihuela et le violon, que les luthiers locaux transforment très vite. La traite esclavagiste amène enfin des musiciens d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale, dont les tambours, les racleurs et les arcs musicaux donnent naissance aux percussions afro-brésiliennes et afro-péruviennes.

Ce brassage explique pourquoi la musique traditionnelle d'un même pays mêle souvent les trois héritages. Au Venezuela, le joropo réunit une harpe d'origine européenne, un cuatro dérivé de la guitare espagnole et des maracas amérindiennes. Au Pérou, la musique afro-péruvienne repose sur le cajón, né dans les communautés noires de la côte, tandis que les Andes gardent la quena et le siku. Chaque instrument de musique raconte ainsi une histoire de contacts, de résistances et d'adaptations aux matériaux naturels disponibles : roseau, calebasse, cèdre, peau de chèvre, carapace de tatou.

Quena, siku et charango, la musique andine

La quena est la flûte andine la plus connue : un tube de roseau ou de bambou à encoche, percé de six trous sur le dessus et d'un trou pour le pouce. Son timbre voilé, qui porte loin sur les hauts plateaux, accompagne les danses du huayno en Bolivie, au Pérou et dans le nord de l'Argentine. Elle ne possède pas de bec : le musicien dirige son souffle contre l'encoche taillée dans le bord, ce qui demande quelques semaines de pratique avant d'obtenir un son stable.

Le siku, aussi appelé zampoña, est une flûte de Pan composée de deux rangées de tubes liés entre eux. Dans la musique andine traditionnelle, deux musiciens se partagent les notes de la gamme : l'un tient la rangée ira, l'autre la rangée arca, et la mélodie naît de leur dialogue. Cette technique de jeu en alternance fait du siku un instrument collectif, joué en groupes de musique lors des fêtes de village. Quena et siku se rangent parmi les familles d'instruments à vent classées par mode de jeu, à côté des flûtes à bec et des flûtes traversières.

Le charango complète le trio andin. Ce petit luth porte dix cordes réparties en cinq chœurs et s'accorde de façon à produire des accords brillants, très aigus. Sa caisse de résonance se taillait autrefois dans la carapace d'un tatou ; les luthiers actuels de Bolivie et du Pérou la creusent dans un bloc de bois, ce qui donne un son plus rond et un instrument plus solide. Le bombo, grand tambour à deux peaux, assure la pulsation de l'ensemble.

Charango en carapace de tatou, ce que dit la réglementation CITES

Un charango à caisse de tatou relève d'une espèce protégée : le tatou des Andes (Chaetophractus nationi), longtemps chassé pour fournir ces caisses, figure à l'Annexe II de la CITES avec un quota annuel d'exportation fixé à zéro, et la base Species+ de la convention précise que ses spécimens se traitent comme ceux de l'Annexe I. Le règlement européen qui applique la convention le classe en annexe B tout en lui appliquant les règles de l'annexe A, la plus protectrice. Sans les documents CITES qui prouvent son origine légale, un tel instrument ne peut ni entrer dans l'Union européenne ni s'y vendre. Face à une annonce d'occasion de ce type, demandez ces papiers au vendeur, ou choisissez un charango en bois.

Harpe paraguayenne, harpe llanera, harpe andine : l'héritage des missions

La harpe arrive en Amérique du Sud avec les Espagnols au XVIe siècle, puis se diffuse par les missions jésuites, qui forment des luthiers et des musiciens guaraní aux XVIIe et XVIIIe siècles. Trois siècles plus tard, la harpe reste un instrument national dans plusieurs pays, sous des formes très différentes de la harpe de concert européenne : aucune pédale, des cordes en nylon, une caisse légère et un accord diatonique que le harpiste modifie à la main.

  • La harpe paraguayenne compte en général 36 à 38 cordes et se fabrique souvent en cèdre. Instrument emblématique du Paraguay, elle se joue avec les ongles, en arpèges rapides et en glissandos ; le morceau « Pájaro Campana », popularisé par le harpiste Félix Pérez Cardozo, imite le chant d'un oiseau et sert de référence à tous les élèves de harpe paraguayenne.
  • La harpe llanera des plaines du Venezuela et de Colombie porte une trentaine de cordes ; elle mène le joropo, aux côtés du cuatro et des maracas.
  • La harpe andine du Pérou se reconnaît à sa grande caisse bombée ; dans certaines processions, le musicien la porte à l'envers sur l'épaule et joue en marchant.

Pour un musicien qui débute, une harpe paraguayenne ou une harpe celtique de taille moyenne offre une première approche plus légère qu'une harpe à pédales. La harpe sud-américaine se transporte toutefois mal : sa colonne et sa table supportent une tension élevée, et un instrument mal stocké se déforme vite.

Cuatro, tiple, guitarrón : les guitares d'Amérique latine

La guitare espagnole a engendré en Amérique latine toute une famille d'instruments de musique à cordes pincées, chacun adapté à la musique de son pays. Le cuatro vénézuélien, petite guitare à quatre cordes de nylon, tient le rôle rythmique dans le joropo et se joue en grattant les cordes avec un rasgueo serré. Le tiple colombien, de taille proche d'une guitare classique, aligne douze cordes métalliques réparties en quatre groupes de trois ; il colore le bambuco et la musique andine de Colombie.

Au Chili, le guitarrón chilien porte 25 cordes et accompagne le « canto a lo poeta », une poésie chantée improvisée. Le nom de guitarrón désigne aussi la grosse guitare basse des mariachis mexicains, au nord du continent : deux instruments sans rapport, à ne pas confondre dans une annonce. En Argentine et en Uruguay, la guitare classique domine la musique folklorique, de la zamba à la chacarera, et au Brésil, la guitare à sept cordes du choro tient les basses. Ces instruments se comprennent mieux une fois les instruments à cordes pincées, frottées et frappées distingués par famille.

La bossa nova, née à Rio de Janeiro à la fin des années 1950, a fait de la guitare acoustique le cœur de la musique brésilienne moderne : João Gilberto y invente un jeu de main droite qui reproduit à lui seul la batida de la samba. Les styles musicaux brésiliens, du choro à la MPB, reposent depuis sur cette guitare au jeu percussif.

Pandeiro, repinique, atabaque : les tambours du Brésil

La musique afro-brésilienne repose sur une famille d'instruments de percussion d'une grande variété. Le pandeiro, tambourin sur cadre muni de cymbalettes, porte à lui seul le rythme du choro et de la samba de roda ; un bon joueur en tire une basse, un claquement et un tintement avec une seule main. Le repinique, tambour aigu à deux peaux, lance les appels de la batucada et dirige les entrées des autres pupitres dans les écoles de samba de Rio. La caisse claire, le surdo, le tan tan du pagode et le sifflet brésilien du mestre complètent la batterie.

L'atabaque, grand tambour conique joué à mains nues, accompagne les cérémonies du candomblé et les rondes de capoeira, aux côtés du berimbau, un arc musical à une corde frappée par une baguette. La cuíca, tambour à friction, imite une voix ou un cri d'animal dans le carnaval de Rio. Les cloches brésiliennes agogô, le reco-reco (racleur en bambou ou en métal) et le timbal des groupes de Salvador de Bahia, popularisé par la Timbalada de Carlinhos Brown, montrent que chaque région invente ses timbres. Pour situer chacun de ces tambours, la classification des percussions en membranophones et idiophones aide à les comparer.

Argentine et Uruguay : bombo legüero, bandonéon et candombe

Le bombo legüero est le tambour du folklore argentin. Son fût se taille dans un tronc évidé, ses deux peaux de chèvre ou de mouton gardent parfois leurs poils, et son nom viendrait de la lieue (« legua ») : on l'entendrait à une lieue de distance. Il marque le rythme de la chacarera et de la zamba, souvent avec une guitare et un violon.

La musique de l'Argentine urbaine passe par le tango et son instrument fétiche, le bandonéon, un accordéon à boutons inventé en Allemagne au XIXe siècle et adopté par les orchestres de Buenos Aires et de Montevideo. En Uruguay, le candombe, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2009, aligne trois tambours de tailles différentes, le chico, le repique et le piano, joués en défilé dans les rues de Montevideo.

Cajón, guacharaca et maraca : de la côte du Pacifique à la Colombie

Le cajón est un instrument de musique afro-péruvien : une caisse en bois sur laquelle le musicien s'assoit et qu'il frappe de la paume. Né dans les communautés noires de la côte péruvienne, il est reconnu patrimoine culturel de la Nation par le Pérou depuis 2001. Le flamenco l'a adopté à la fin des années 1970, et le cajón moderne ajoute souvent des timbres métalliques derrière sa face avant.

En Colombie, la cumbia et le vallenato reposent sur des percussions simples et efficaces. La guacharaca, racleur taillé dans une tige de palmier et frotté avec une fourchette métallique, forme avec l'accordéon et la caja vallenata le trio du vallenato, inscrit par l'UNESCO en 2015 sur la liste de sauvegarde urgente. Les maracas, calebasses remplies de graines, se retrouvent du joropo vénézuélien à la cumbia ; les maracas d'artisans amazoniens, en graines et bois de chonta, montrent la même idée avec des matériaux naturels locaux.

Conga, bongo, timbales et clave : les voisins des Caraïbes

Une partie des percussions latines que l'on associe à l'Amérique du Sud vient en réalité de Cuba et des Caraïbes. La conga, ou tumbadora, grand tambour allongé joué à mains nues, et le bongo, paire de petits fûts accolés, naissent dans la musique afro-cubaine avant de passer dans la salsa. Les timbales, deux fûts métalliques montés sur pied et frappés avec des baguettes fines, marquent les ponts et les breaks. La clave, deux bâtons de bois dur entrechoqués, donne le motif rythmique qui organise toute la musique cubaine, et le güiro, calebasse striée frottée avec une baguette, en tient la pulsation.

La marimbula, grande caisse en bois munie de lames métalliques, joue la basse du changüí et du son cubain : descendante des lamellophones africains, elle rappelle que l'Afrique a façonné les instruments de toute l'Amérique latine. Plus à l'est, Trinidad invente au XXe siècle le steel drum, découpé dans des barils de pétrole ; le tambour ka et le steel drum des Antilles prolongent ce voyage rythmique au-delà du continent.

Quel instrument pour quel style de musique latine ?

Chaque style de musique latine repose sur un petit noyau d'instruments ; repérer ce noyau aide à choisir par quoi commencer. Le tableau rassemble les styles les plus joués en France dans les ateliers de musique du monde.

StylePaysInstruments de base
HuaynoPérou, BolivieQuena, siku, charango, bombo
JoropoVenezuela, ColombieHarpe llanera, cuatro, maracas
Polka paraguayenne, guaraniaParaguayHarpe paraguayenne, guitare
Samba, batucadaBrésilPandeiro, repinique, surdo, caisse claire, agogô
Bossa novaBrésilGuitare classique, voix
Chacarera, zambaArgentineBombo legüero, guitare, violon
Festejo, landóPérou (côte)Cajón, guitare, quijada
Cumbia, vallenatoColombieGuacharaca, accordéon, tambours, maracas

Acheter un instrument sud-américain d'occasion sans mauvaise surprise

Un instrument de musique d'Amérique du Sud se trouve souvent d'occasion, rapporté de voyage ou revendu par un musicien qui change de pratique. Ces instruments artisanaux n'ont ni numéro de série ni marque connue : leur état se juge à l'œil et à l'oreille, avant tout sur la caisse, le manche et les peaux.

Cordes et vents : table, manche et justesse

Pour un charango, une harpe ou un cuatro, la table d'harmonie ne doit présenter ni fente ni bombement, et les chevilles doivent tenir l'accord plusieurs minutes. Pour une quena ou un siku, une fissure dans le roseau ou une encoche ébréchée rend la flûte injouable. Une pièce de musée ou de décoration se vend parfois comme instrument de jeu : demander au vendeur de jouer quelques notes, ou une vidéo, évite ce piège.

Percussions : peaux, fûts et réglages

Sur une conga, un bongo ou un atabaque, la peau ne doit pas être percée ni détendue au point de ne plus s'accorder, et le fût ne doit montrer aucune fissure. Un cajón se vérifie par sa face avant, vissée et sans jeu, et par ses timbres internes, réglables ou non. Un pandeiro se juge à ses cymbalettes, qui doivent tinter librement, et à son système d'accordage.

InstrumentPoint à contrôlerSigne d'alerte
CharangoMatière de la caisse, chevillesCarapace de tatou sans papiers CITES
Harpe paraguayenneTable, colonne, chevillesTable qui se soulève sous les cordes
Quena, sikuRoseau, encoche, liens des tubesFissure longitudinale
CajónFace avant, timbres, coinsFace qui vibre ou se décolle
Conga, bongoPeaux, tirants, fûtTirants grippés, fût fendu
PandeiroPeau, cymbalettesCymbalettes rouillées ou bloquées

Débuter un instrument d'Amérique du Sud : quena, cajón ou harpe ?

Quel instrument d'Amérique du Sud apprendre en premier ?

Le cajón et les maracas permettent de jouer en groupe dès les premières séances, sans solfège. La quena demande plus de patience pour sortir un son, et la harpe paraguayenne exige un professeur, rare en France en dehors des grandes villes.

Quelle est la différence entre la quena et la flûte de Pan ?

La quena est une flûte à un seul tube percé de trous, jouée par l'encoche ; la flûte de Pan, ou siku, aligne plusieurs tubes fermés, un par note, sans aucun trou de jeu.

Le cajón vient-il d'Espagne ou du Pérou ?

Le cajón vient du Pérou, où les musiciens afro-péruviens l'ont créé ; le flamenco espagnol ne l'a adopté qu'à la fin des années 1970.

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